Il faut bien le dire: entre la majorité absolue du
PS, la défaite des sarkozystes historiques et l'entrée de députés du FN à l'Assemblée, la recomposition du centre est passée un peu
inaperçue. Et comment ne pas comprendre le désintérêt des observateurs et des lecteurs pour cette mouvance molle qui, en plus d'avoir été maltraitée ou ignorée durant la campagne
présidentielle de l'UMP, n'en finit plus de se subdiviser en chapelles et écuries aux effectifs ridicules...
Rappelons que le centre, c'est au moins trois entités politiques: le MoDem créé par François Bayrou, le Parti radical valoisien de Jean-Louis Borloo et le Nouveau centre d'Hervé Morin.
Ajoutons au tableau, pour être exhaustif, l'Alliance centriste de Jean Arthuis et les quelques centristes restés dans le giron de l'UMP et regroupés dans la famille de la Droite humaniste.
1. Le MoDem, deux élus et plus de leader
Depuis sa création, l'histoire du MoDem est celle d'une longue descente aux enfers, malgré les 18,57% de François
Bayrou à l'élection présidentielle de 2007. Un nouveau député, Thierry Robert et un sortant, Jean Lassalle, sont les deux seuls survivants de l'aventure bayrouiste.
Car le président-fondateur du MoDem est défait dans les Pyrénées-Atlantiques. François Bayrou paie son
indépendance vis-à-vis de l'UMP, sans engranger le bénéfice de son soutien à François Hollande entre les deux tours de l'élection présidentielle. Pris en étau par la bipolarisation de la
vie politique, il échoue dans sa ligne centriste indépendante de la gauche et de la droite...
2. Le Nouveau centre, combien de divisions?
Ils étaient 24 sortants, ils ne sont plus que 11, dont leur leader transparent Hervé Morin. Ou plus exactement, ils sont sept plus deux plus cinq. Sept fidèles, deux apparentés de
l'Alliance centriste (voir plus bas) et cinq dont le cas est problématique.
Car depuis la scission initiée par le numéro deux Jean-Christophe Lagarde, ces cinq là ont rejoint les radicaux de Jean-Louis Borloo (lire ci-dessous) dans le dernier machin centriste à la
mode. Ces dissidents ont adhéré à l'Urcid (Union des radicaux, centristes, indépendants et démocrates), une structure vouée à les financer indépendamment du Nouveau centre.
Quand vous évoquez le Nouveau centre, il convient désormais de préciser qu'il s'agit du Nouveau centre canal historique (non, on ne rit pas) pour bien le distinguer de sa variante
scissionniste. Morin espère récupérer quelques députés UMP pour faire vivre son courant et surtout continuer à disposer d'un groupe
à l'Assemblée.
3. L'Urcid, dernier machin centriste de Jean-Louis Borloo
Les leaders du centre-droit sont unanimes: ils veulent rassembler la famille centriste. Le problème c'est qu'ils veulent tous être chef de famille. Jean-Louis Borloo n'en finit plus de
rallier ou de créer des partis, alliances et confédérations. Rappel des derniers épisodes: le Parti radical valoisien de l'ancien ministre sort de l'UMP en 2011 et reprend son indépendance.
Borloo crée en juin 2011 avec le Nouveau centre, la Gauche moderne et la Convention démocrate l'ARES (Alliance Républicaine, Ecologique et Sociale) pour fédérer les centristes. Echec.
La candidature avortée de Borloo, de même que celle de Morin, montreront plus tard les limites des ambitions personnelles de tous les chefs du centre autodéclarés. Le PRV sort affaibli du
scrutin: le numéro deux du parti Laurent Hénart et Rama Yade sont éliminés.
Au final, ils sont douze «valoisiens», auxquels il faut rajouter les ralliés de l'Urcid, le truc qui remplace l'ARES. Ils sont cinq dans ce cas, dont les anciens ministres de Nicolas
Sarkozy François Sauvadet, Maurice Leroy et Jean-Christophe Lagarde et les députés sortants André Santini et François Rochebloine. Or, contrairement au dissident en chef, Jean-Christophe
Lagarde, ces quatre-là apparaissent encore sur la liste des élus
NC sur le site du parti! Faut pas s'étonner après que personne n'y comprenne rien.
Les élus PRV (12) et dissidents NC (5) seraient donc au total 17.
4. L'Alliance centriste, apparenté NC canal historique
Thierry Benoit et Philippe Folliot, les deux députés sortants, sont réélus sous la bannière du petit parti de Jean Arthuis. Les deux parlementaires
faisaient parti du groupe Nouveau centre dans la législature précédente, et devraient donc logiquement s'allier avec le canal historique moriniste.
5. Les centristes de l'UMP
Présentés sous la marque ombrelle UMP, plusieurs députés représentent au sein de l'ancienne majorité la tendance humaniste, centriste et démocrate-chrétienne de la droite. Ils ont fait le
choix de rester dans l'UMP et de peser à l'intérieur. Or, le moins qu'on puisse dire est que la campagne présidentielle a négligé leur ligne modérée. D'où l'idée de se
constituer en mouvement au congrès de l'UMP, qui doit se tenir en novembre.
Début juin, Hervé Morin considérait
dans le JDD qu'«à l’UMP, le courant humaniste depuis 2002 n’a jamais existé. Pour l’instant, toutes les grandes responsabilités ont été confiées aux anciens RPR». Les anciens
ministres Marc-Philippe Daubresse et Marc Laffineur, qui font partie de ce courant avec Pierre Méhaignerie (qui vient d'abandonner son siège de député) et Jean-Pierre Raffarin, pensent
pourtant donner du poids aux centristes qui n'ont pas encore fait le choix de la dispersion partisane.
J.-L.C.